Esthétique de la destruction

Dado Ruvic, "Piste de bobsleigh des JO de Sarajevo, 1984", 2013, Reuters.

Dado Ruvic, "Piste de bobsleigh des JO de Sarajevo, 1984", 2013, Reuters.

Detroit et ses maisons abandonnées, hôtels et bâtiments officiels de l’ex-URSS, parcs d’attractions, et pour rester dans l’air du temps, les vestiges des JO sont devenus un sujet à part entière de la photographie et de la photographie d’architecture précisément. Qu’est-ce qui pousse les photographes actuels à s’enthousiasmer – on peut parler d’une véritable mode, voir d’un véritable phénomène de viralité sur internet – pour la décrépitude d’une architecture ?

Si tout semble commencer avec la fascination parfois presque macabre des photographes pour la décrépitude de la ville de Detroit, érigée en symbole de la fin du/d’un monde, l’esthétique partagée par ces multiples auteurs est une construction collective et réalisée sur le long terme.

Cette esthétique du « rebut », du « défait », du « déconstruit » s’affirme par une prise de vue frontale – ou parfois légèrement décentrée -, et sérielle utilisant les codes d’un certain classicisme de la photographie d’architecture. Les formes et les couleurs s’entrechoquent, ou le hasard de la destruction est transformé par le photographe en oeuvre picturale. Aucun être humain ne vient hanter les lieux accentuant ainsi l’effet recherché.

Gustave Le Gray et/ou Mestral, "Le cloître en restauration de la cathédrale du Puy", épreuve réalisée lors de la Mission héliographique, 1851, Bibliothèque nationale de France, Département des Estampes et de la photographie.

Gustave Le Gray et/ou Mestral, "Le cloître en restauration de la cathédrale du Puy", épreuve réalisée lors de la Mission héliographique, 1851, Bibliothèque nationale de France, Département des Estampes et de la photographie.

L’architecture est logiquement – pour des questions techniques-, l’un des tout premiers sujets de prédilection des primitifs de la photographie. La photographie contre l’oubli, comme témoin d’un temps et d’une splendeur passée se retrouve aussi dans les démarches qui conduisent autant à la Mission héliographique et ses incroyables tirages de 1851 qu’au travail parfois si énigmatique d’Atget quelques décennies plus tard. Que dire aussi de l’influence des images de villes après les bombardements ? Ou encore de la frontalité rigoureuse de celles des constructions industrielles de Bernd et Hilla Becher ?

Ces récentes photographies d’architectures en ruine tentent à leur tour d’inventorier, de classifier, de témoigner d’une existence passée, à présent révolue. Et provoquent chez le « regardeur » un sentiment ambivalent de fascination/répulsion.

Liens.
Pour s’appuyer sur l’actualité : http://journalmetro.com/dossiers/la-liste-du-lundi/441853/photos-les-jeux-olympiques-et-ses-infrastructures-abandonnees/
Pour les photographies anciennes, rien ne vaut le site de la BNF : http://expositions.bnf.fr/legray/arret_sur/1/index1d.htm ou encore sur le phénomène « Detroit » : http://www.un-titled.fr/2010/12/demolition/

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